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PROJET DE PROGRAMME
Face à un désenchantement du monde diagnostiqué par
des philosophes du XXe siècle, et en quelque sorte confirmé par
l’ambiance générale, les sondages de l’opinion
publique, les grandes catastrophes, la morosité, la peur et
le repli sur soi, on assiste à une mise en scène et à une
production de territoires, d’espaces de tous types destinée
au contraire à donner une image souriante, idéalisée,
spirituelle, du monde, quitte à ce qu’elle soit artificielle
et purement fonctionnelle (commerce). Cette volonté d’enchantement (terme
de Max Weber qui n’a pas eu beaucoup d’écho dans
les sciences sociales) a des conséquences importantes sur
la manière dont les espaces sont regardés, celle dont
ils sont vécus, perçus, envisagés, représentés,
imaginés, et par effet de boucle, sur la manière de
les aménager en retour, peut-être pour mieux dissimuler
un profond désespoir, pour qu’ils soient conformes à l’enchantement,
attendu ou nécessaire au fonctionnement de nos sociétés.
On voit ainsi naître des lieux pour lesquels l’implantation
territoriale n’a aucune importance sur leur structure (les
Disneylands), les saisons aucune prise (Centerparcs), où la
situation économique et sociale ne transparaît pas (hôtels
internationaux de Saint-Domingue), où la réalité est
aménagée, déguisée, transformée
afin que l’espace et le moment deviennent un carnaval permanent
et en « libre service », susceptible d’euphoriser
ceux qui le fréquentent, à la recherche du « bonheur ».
Ce programme de recherche s’inscrit
dans une volonté d’explorer
les espaces du monde, de façon diachronique (la mise en scène
des territoires n’est pas une invention nouvelle1),
et de les analyser selon la grille de « l’enchantement ».
Il vise à répertorier les grandes catégories
d’enchantement, et ses principaux objectifs et logiques, et à constituer
de nouveaux concepts-outils. Il se veut ouvert à toutes les
disciplines et aires géographiques et vise, par l’exploration
d’un filtre de recherche commun, la transversalité et
peut-être l’universalité des questionnements sur
les territoires et leurs transformations. Il a l’ambition de
fédérer de nombreux chercheurs expérimentés
ou non autour de thématiques variées :
- Aménagement urbain (quelle image de la ville ? quelle
fabrication urbaine ? Mise en valeur de certains quartiers,
dissimulation de la pauvreté,…/…)
- Sémantique des projets d’aménagements (un
discours très positif sur l’urbain qui privilégie
les mots en « re » - requalification, réhabilitation…-
plutôt que les mots en « de » - dégradation,
décomposition…)
- Processus de patrimonialisation et relation au patrimoine, leurs
effets sur les espaces.
- Lieux du tourisme, les mises en scène, les séjours « au
paradis », leurs conséquences économiques,
sur l’environnement naturel
- Lieux du loisir : parcs de loisirs, parcs à thèmes,
jardins zoologiques, parc naturels régionaux/nationaux
- Pratiques associées à la nature, les campagnes :
espaces de « consommation d’espaces naturels » pour
urbains ?
- Habitat (gated communities)
- Fêtes institutionnalisées
- Aménagement du territoire / Politiques
publiques
- L’Occident vu des pays en développement
- « Magie » publicitaire, les catalogues
de vente par correspondance, les prospectus, les affiches, les spots
publicitaires télévisés
- Dignité/indignité des populations à l’enchantement
des territoires
- Consommation : une nouvelle religion qui organise les cités ?
- Renouveau de la foi musulmane
1
- Par exemple, Zola dans son ouvrage Au Bonheur des Dames montre
comment une exposition d’ombrelles dans un grand magasin peut
entraîner un sentiment
de ravissement tel qu’il ne trouve son expression que dans
une exclamation : « C’est féerique ! » (Au
Bonheur des Dames, Folio, 1980, p. 307)
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